
La réinsertion des anciens détenus de prison est une problématique difficile à résorber. Entre ceux qui, une fois dehors foncent la tête la première dans les problèmes pour se retrouver à la case départ et d'autres qui essaient de tourner la page en trouvant du travail, le passé de détenu est un poids très lourd à supporter. Dans une société de plus en plus intolérante, impossible d'échapper à son passé même quand on choisit de se reconstruire à l'autre bout du monde là où on est un "Farang."
Farang, un Raid à la française

Synopsis
Sam, un détenu exemplaire purge sa peine au centre pénitentiaire de Fresnes. A quelques mois de sa sortie de prison, il prépare assidument sa réinsertion. Mais lors d'une permission il va commettre l'irréparable en tuant un ancien commanditaire. Alors qu'il a agi en légitime défense, il décide de s'enfuir en Thaïlande. Cinq ans plus tard, il a refait sa vie en Thaïlande, où il a fondé la famille dont il a toujours rêvé. L'obtention d'un terrain pour y construire sa maison l’amène à travailler pour Narong, le parrain local, l'obligeant à plonger à nouveau dans la délinquance. Quand Sam veut tout arrêter, Narong s’attaque à sa famille. Sam va devoir se battre pour venger les siens.
Après Budapest, la Thaïlande

"Farang" est un mot thaï et lao utilisé pour désigner les étrangers blancs. Ce terme traduit à la perfection ce que représente Xavier Gens au pays du sourire mais également en France. Adoubé par Luc Besson le réalisateur de Hitman a connu une carrière au cinéma exclusivement loin de l'hexagone. Cinq ans après Budapest, Xavier Gens fait son retour dans son domaine de prédilection : le genre. Le réalisateur français tire profit de sa collaboration avec Gareth Evans (qui a réalisé The Raid) sur sa série Gangs of London. L’ombre assumée d’Ong Bak plane sur le récit de Farang qui se révèle être un film d'action d’une efficacité redoutable, notamment dans la manière dont Gens travaille frontalement la question de la violence: sans complaisance. La caméra à l’épaule qui colle aux baskets de Sam(Nassim Lyes) laisse sous-entendre l’impossibilité d’un avenir pour l'ex trafiquant qui se retrouve les doigts pris dans l’engrenage de la criminalité et du déterminisme social. La qualité majeure de Farang réside dans sa nature protéiforme et mutante: l’intrigue et sa nature de "revenge movie" se distinguent néanmoins par leur ambition émotionnelle comme si le réalisateur de Frontière(s) (2007) avait conscience que la prouesse à suivre de ses scènes d’action ne sera rien sans un ancrage dans la psyché de Sam. La mise en scène au cordeau du cinéaste se déploie avec brio autour de Nassim Lyes (vu dans En passant pécho). Si l’acteur s’est jusque-là fait remarquer pour ses rôles exubérants dans des comédies sa performance ici en toute retenue est hypnotisante faisant face à Olivier Gourmet(vu dans Le Fils) génial en méchant terrifiant de normalité. Ne cherchant jamais à dissimuler l’influence de The Raid dans son approche Gens ménage avec beaucoup de maîtrise une gradation vers l’ultra-violence. Mais là où on aurait pu s’attendre à de la pâle copie cheap, son film est constamment en pleine possession de ses moyens et s’affirme même comme le plus bel héritier de la méthode Evans.
Farang disponible dans les salles des cinéma Majestic.